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Amsterdam, le 31 mars 2007

Il y a de ces artistes qui font parler d’eux et qui semblent « tout d’un coup »être là, dans le sens que beaucoup de critiques en soulignent le talent. J’avais entendu et lu bien des choses positives sur le deuxième CD de Lise de la Salle, où elle joue Bach et Liszt. Cela a piqué ma curiosité et en effet, dès la première écoute, j’ai été impressionné comme je ne l’ai pas souvent été. Le plus beau compliment que je puisse probablement faire à cette jeune artiste est qu’elle joue comme j’aurais voulu le faire moi même (si j’en avais eu le talent !). Il y a chez cette pianiste extraordinaire une sincérité, un calme et avant tout une maturité exceptionnelles. Un concert en février 2007 à l’Auditorium du Louvre n’a fait que confirmer ces impressions favorables. Lors d’un entretien, Lise de la Salle s’est expliquée avec la même intelligence et la même confiance en elle. Une pianiste qui sait où elle va et qui est heureuse de communiquer avec son instrument et son public.


Willem Boone (WB): D’abord, permettez-moi encore de vous dire combien j’ai surtout été bouleversé par vos Bach. En néerlandais, il y a une expression « une vieille âme », qu’on utilise pour quelqu’un de jeune qui semble pourtant avoir beaucoup vécu et vu. En êtes-vous et d’où tenez-vous cette incroyable maturité ?

Lise de la Salle (LdlS) : Je n’en sais rien, je suis incapable de vous répondre ! Ce que vous dites est flatteur et c’est un peu mon but de faire oublier mon âge ! J’ai une vie remplie, malgré ma jeunesse et dans ma vie professionnelle, j’ai vécu des  choses d’adultes relativement jeune.

WB : Quoi par exemple ?

LdlS : Quand j’ai rencontré mon agent et ma maison de disques à l’âge de 14 ans...

WB Dans la notice qui accompagne votre premier CD, il y a une photo drôle où vous êtes devant une affiche « Le plus important est que je communique », justement, comment le fait-on ?

LdlS : Encore, je ne sais pas.. Je suis quelqu’un qui va vers les autres, aussi hors du piano. Dans la vie quotidienne, je suis spontanée et naturelle. Le contact avec le public m’a toujours fascinée, je veux sentir le bonheur d’être artiste. L’artiste donne du bonheur et de l’énergie à son public, qui vous le rend à son tour. Cela créee une énergie très positive et cela encourage l’artiste à être encore plus à l’écoute du public, ce qui fait que je sors toujours positive d’un concert.

WB : Ne vous sentez-vous jamais mal à l’aise ?

LdlS : Non, je ne me sens jamais mal à l’aise lors d’un concert. Bien sûr, il m’arrive de ne pas être à 100% et il y a des concerts moins réussis. Je pense parfois à ce que je pourrais mieux faire, mais je suis toujours heureuse d’avoir été en contact avec mon public.

WB : Vous devez être une pianiste heureuse !  Dans une interview, j’ai lu que vos deux idoles sont Schwarzkopf et Callas, qui sont toutes les deux très différentes et qui représentent dans un certains sens le contrôle absolu d’un côté et la passion d’un autre, est-ce que ces deux caractéristiques ne s’excluent pas mutuellement ?

LdlS : J’essaye de les réconcilier ! La musique doit ressembler à la vie, c’est ce qui me plait et ce qui est très fort chez Callas. Elle incarne pour moi le reflet des sentiments humains, tels la passion, la douleur et parfois la joie. La musique est avant tout le miroir de la vie,elle doit donner des émotions au public. La voix de Schwarzkopf était d’une grande pureté et ce travail sur le son m’a toujours semblé très important.  

WB : Y a-t-il des pianistes qui réunissent ces mêmes caractéristiques que vous avez évoquées plus haut pour Callas et Schwarzkopf ?

LdlS : Chez les pianistes, je ressens cela d’une façon moins forte, c´est évidemment également présent, mais je recherche autre chose en écoutant les pianistes: principalement l’architecture globale de l’oeuvre... il y a beaucoup de pianistes que j’admire énormément, comme Rachmaninov, Horowitz, Richter, Lipatti, Gulda..

WB : Que pensez-vous d’un pianiste comme Krystian Zimerman ? Pour moi c’est quelqu’un qui est presque maniaque dans son contrôle sur la sonorité, la dynamique et la technique, mais c’est aussi quelqu’un qui peut se laisser aller à une incroyable passion en concert...

LdlS : Je ne porte pas de jugement sur mes collègues, mais c’est un musicien très abouti et important.

WB :Certains ont dit que votre Bach serait « trop romantique », que pensez-vous d’une telle critique ?

LdlS : On a souvent une image de Bach selon laquelle il serait uniquement un compositeur cérébral et c’est faux. Il y a énormément de sentiments, d’amour et de chaleur humaine dans sa musique ! Elle ne s’adresse pas seulement à un intellect, bien qu’elle interpelle très souvent, voire constamment l’intellect.

WB : Pour vos disques, vous choisissez souvent deux compositeurs...

LdlS : Oui, j’aime les rapprochements inattendus et je recherche des points communs très forts.

WB : Vous avez combiné Bach avec Liszt, qu’est-ce que ces deux compositeurs ont en commun ?

LdlS : Ce sont deux génies et ils ont tous les deux immensément fait pour le clavier. Pour le reste, ils sont tellement opposés que cela les rapproche en quelque sorte. Les mettre face à face les rend plus forts chacun dans leur univers. C’est comme on dit en français : « Les opposés s’attirent ». Ils sont comme deux couleurs pétantes, elles s’opposent pour ensuite se fondre...

WB :Vous avez fait de même pour votre nouveau CD, où vous combinez Mozart et Prokofiev..

LdlS : Oui, il sort ce soir.. Entre Mozart et Prokofiev, il y a également des similitudes. Il y a une clarté, une limpidité et une écriture qu’on retrouve chez les deux. Prokofiev s’intéressait beaucoup aux classiques. Ils sont simples au sens positif et leurs musiques sont très contrastées. Mozart est un compositeur qui passe du rire au larme. Il peut y avoir un climat très distingué, trois secondes plus loin, il y a subitement la mort de Don Juan qui est d’une tristesse hallucinante, puis trois secondes plus loin, on entre dans l’univers du sourire... De la même manière, on retrouve chez Prokofiev un univers très staccato, martelé et subitement, nous sommes dans un monde lyrique, on ressent un grand élan d’amour pour l’humanité.

WB :Oui, mais la musique de Prokofiev est parfois d’une violence et d’une motricité...

LdlS : Oui, il y a  un côté très marqué et sec, implacable, parfois déshumanisé..

WB : Ambitionneriez-vous une carrière comme celle de votre collègue Hélène Grimaud qui est considérée comme une superstar en France ?

LdlS : Sa carrière est remarquable, bien sûr, mais ce n’est pas de ce genre que je rêve aujourd’hui.

WB : Que pensez-vous du scandale autour de la pianiste anglaise Joyce Hatto ?

LdlS : C’est incroyable qu’on découvre cela maintenant. C’est hallucinant ce que son mari a fait et pas très musical...

WB : Et s’il avait pris l’un de vos disques, comment auriez-vous réagi ?

LdlS : Dans un premier temps, j’aurais été flattée ! Il a pris de grands interprètes, mais après tout, cela reste du vol !

WB : Le concert de ce soir est votre premier au Concertgebouw d’Amsterdam, qu’est-ce que vous en attendez ?

LdlS : C’est une scène mythique, je suis très honorée et heureuse d’être là : cependant, je ne me sens pas démesurément intimidée : j’ai simplement envie de vivre pleinement chaque seconde.

WB : Comment pensez-vous que le public aille réagir ?

LdlS : Je ne me fais pas d’idées préconçues..

© Willem Boone 2007

Hilversum, le 10 octobre 2012

Louis Lortie est un pianiste que j'ai connu il y a plusieurs décennies. En fait, cela fait presque 25 années que j'ai un abonnement pour la série "Meesterpianisten" au Concertgebouw d'Amsterdam et lui a été le premier que j'ai entendu en 1989. Il m'a fait grande impression avec la deuxième année de Pélérinage de Liszt et surtout avec ses Ravel. Je me souviens d'autres récitals, parfois audacieux, avec l'intégrale des Etudes de Chopin et un concert avec orchestre assez émouvant (lors duquel il a joué le Premier Concerto de Brahms) sous la direction d'un chef hollandais, Hans Vonk, qui souffrait d'une horrible maladie et qui, au moment de ce concert, n'a plus pu se tenir debout et qui n'a même plus pu tourner ses pages.... J'ai donc bien profité de l'occasion après une classe d'interprétation pour demander un entretien, qui a eu le jour après, avant une interview avec la radio hollandaise.. Rencontre avec un pianiste qui n'a pas peur de se prononcer..

 

Willem Boone (WB) : Je vous ai observé lors d’une classe d’interprétation hier et je me demande ce qui vous procure le plus grand plaisir dans une master class?

Louis Lortie (LL) : Bonne question! Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de voir des jeunes inspirés qui ont envie de travailler. Il faut être sévère et cela peut parfois les déprimer, mais c’est comme cela dans le métier!

WB : Le métier est-il si dur?

LL : Oui, nous vivons dans un monde cruel, on ne peut pas toujours donner des bonbons à ceux qui se présentent à une master class(rires). Surtout pour eux c’est difficile actuellement : il y moins de concerts, du moins en quantité. Il y a une coupure de concerts et une dépression dans les orchestres. Si on regarde les payements mensuels des musiciens d’orchestre : c’est insuffisant pour vivre. Je constate moi-même que la vie d’artiste n’est pas toujours facile : par exemple la première répétition avec un orchestre ne se passe pas toujours bien.

WB : Est-ce que les master class ne sont pas parfois frustrantes, par exemple avec le pianiste qui a joué les Tableaux d’une exposition de Moussorgsky hier quand vous n’avez guère eu le temps d’entrer en détail?

LL : Oui, on n’a pas assez de temps et c’est quelque chose que je n’aime pas. La seule façon valable d’apporter quelque chose à un jeune pianiste, c’est de se revoir plusieurs fois. Ils ne se rendent souvent pas compte qu’ils retombent dans les mêmes erreurs, donc il faut répéter, c’est comme avec l’éducation d’un enfant!

WB : Vous avez insisté hier sur l’importance du « slow practice », le faites-vous vous-même?

LL : J’en ai parlé moins que d’habitude, normalement j’en parle beaucoup. Hier, dans le cas de la jeune pianiste japonaise qui a joué Pétrouchka, je l’ai quand même fait, car son interprétation était extrême. Oui, je le fais moi-même, surtout mentalement.

WB : C’est-à-dire?

LL : Dans mon esprit, je l’ai fait aujourd’hui. Cet après-midi, il y a eu une répétition d’orchestre de la Wanderer Fantaisie de Schubert, que je jouerai dans l’arrangement de Liszt pour piano et orchestre. Liszt a voulu rendre Schubert plus spectaculaire. Le chef a trouvé que mon approche était trop respectueuse de Schubert et que cela ne fonctionnait pas. J’ai réfléchi et je crois qu’il avait raison, il faut être flexible!

WB : Oui, mais tout le monde ne l’est pas!

LL : Non, mais c’est un chef que je respecte beaucoup.

WB : Vous avez également mentionné l’importance de s’enregistrer. Est-ce que vous le faites souvent vous-même?

LL :  Je suis presque toujours enregistré!

WB : Quelles leçons en avez-vous apprises?

LL : Je n’aime pas, mais je considère que je dois m’écouter. Le résultat est parfois exactement ce que je veux faire et des fois, il est très loin de ce que j’aurais voulu faire. J’essaye d’analyser mes réactions et la divergence entre l’écoute interne et l’écoute externe. Et je constate qu’il n’y a pas de « tempo juste ».

WB : J’ai été frappé hier par votre connaissance de la partition de Pétrouchka. Quelle est votre relation avec cette œuvre?

LL : Je la connais très bien, je l’ai jouée très jeune, aussi la réduction à quatre mains. Et je l’ai souvent entendue par des orchestres.

WB : Est-il nécessaire de l’avoir dans les doigts pour l’enseigner?

LL : On peut l’enseigner sans l’avoir dans les doigts, mais il faut bien connaitre la partition.

WB : La jouez-vous encore en ce moment?

LL : Non, je ne la joue plus depuis vingt ans.

WB :Je me souviens que vous avez joué Pétrouchka en Hollande en 1989, c’était la première année que j’assistais aux concerts de la série « Meesterpianisten »à Amsterdam, en fait, c’était le premier concert d’abonnement auquel j’ai assisté!

LL : ça se peut, j’ai souvent joué en Hollande, la première fois était en 1986.

WB : A propos de Pétrouchka, vous avez souligné hier que d’origine, c’est une partition d’orchestre. Cela a sans doute des conséquences sur votre conception de l’œuvre. On l’entend souvent comme une œuvre de haute virtuosité, jouée à la fin du concert pour déchainer des tonnerres d’applaudissements. Peut-on dire que l’œuvre a souvent été mal comprise voire mal interprétée?

LL :Cela devient très laid quand c’est jouée comme une œuvre virtuose, ce n’est pas écrit pour cela. Strawinsky a écrit la transcription par hasard. Dans le ballet, il y a une partie importante pour le piano, il fait partie de l’orchestre. Nous ne savons d’ailleurs pas exactement comment la transcription a été créée, c’est probablement Rubinstein qui a suggéré à Strawinsky de transcrire des extraits du ballet pour piano seul..

WB : En tant que transcription d’une œuvre orchestrale, Pétrouchka me semble plus réussie que la Symphonie Fantastique de Berlioz ou les Symphonies de Beethoven pour piano par Liszt!

LL : Justement, parce qu’il y a une partie importante pour piano dans la version orchestrale de Pétrouchka, ce n’est pas du tout écrit pour piano. Cependant Strawinsky a vraiment tout mis dans la version pianistique, aussi celle pour piano à quatre mains. Il existe une version enregistrée à deux mains de L’Oiseau du feu par Strawinsky, donc il y a eu un antécédent.

WB : Probablement à cause de son extrême difficulté, il n’y a pas eu tellement de disques de Pétrouchka. Que pensez-vous du disque de Pollini?

LL : C’était la première version commerciale de très haut niveau. Au moment où le disque a été publié (1972, WB), ce n’était pas dans le répertoire des pianistes. C’est lui qui l’a popularisé, c’était l’un de ses premiers disques.

WB : Mais que pensez-vous de son interprétation?

LL : Je ne l’ai plus écouté depuis longtemps. Je me souviens que c’était remarquable d’objectivité, chez lui, il n’y a pas de « cheap tricks ».

WB : Vous venez de dire que vous n’aimez pas un surplus de virtuosité dans Pétrouchka, pourtant je me souviens de deux concerts, où j’ai simplement été ébloui, par le Belge Michel Block (c’était en 1981) et par le Russe Grigory Sokolov (en 1992).

LL : Je ne connais pas Michel Block, mais je crois que Sokolov a été plus russe que Pollini! Il faut que l’étudiante chinoise de hier écoute Pollini jour et nuit comme antidote! J’ai été choqué l’autre jour quand j’ai vu un film sur Youtube par Juja Wang. Tout le monde me disait que c’était exceptionnel, mais c’était vite et fort et ce n’est pas juste. Cela ne m’intéresse pas qu’elle joue plus fort que quiconque, cela ne m’excite pas du tout!

WB : J’ai trouvé intéressante votre remarque que Strawinsky et Ravel auraient dit : « Il ne faut pas interpréter notre musique, il faut la jouer ». Ce n’est déjà pas mal de chose avec Ravel, non?

LL : Ils étaient les premiers compositeurs à dire cela et en ce faisant, ils se trouvaient aux antipodes de la musique romantique. Vlado Perlemuter était le seul vrai élève de Ravel, il jouait bien Ravel, mais il jouait aussi divinement Chopin. Son enregistrement de la 3eme sonate de Chopin est remarquable. Mais c’est rare que quelqu’un joue aussi bien Ravel que Chopin!

WB : Bien jouer Ravel n’est pas facile étant donné toutes les indications dynamiques dans la partition?

LL : Cela doit être strict et cela doit respirer. C’est au niveau du toucher qu’on peut avoir une grande liberté et donc respiration.

WB : Je ne peux pas m’empêcher de vous poser quelques questions sur votre compatriote Glenn Gould…

LL : On me pose souvent des questions sur lui, il doit y avoir une fascination très forte pour lui en Hollande! Il vivait en retrait et il est resté au Canada alors que la plupart des musiciens sont partis. Soit on s’isole complètement, soit on part.

WB : Et qu’avez-vous fait?

LL : Je suis parti très tôt en Europe où je vis depuis 25 ans.

WB : Qu’est-ce qui est tellement insupportable au Canada?

LL : C’est le nivellement des artistes, tous doivent être traités sur un pied d’égalité. En plus, c’était un pays hyper religieux jusqu’il y a 40 ans avec une séparation très stricte entre les catholiques et les protestants.

WB : Mais que pensez-vous du pianiste?

LL : Je le vois comme un artiste global. Il disait qu’il n’aimait pas particulièrement le piano et cela s’entendait parfois. Il n’aimait pas chercher des couleurs, même s’il en était capable. Mais les années ’60 étaient à mon avis plus intéressantes que la période qui venait après; il s’est passé des choses géniales après qu’il s’est arrêté de jouer en public. Plus il vieillissait, plus il mettait les micros des pianos, ce qui a fait que le son de ses  derniers disques a été très dur. Il y a par exemple un disques des Toccatas de Bach que je trouve épouvantable à cause de cela. On a l’impression qu’on avait les marteaux contre le crâne.. Dans les dernières années, il y a eu chez Glen Gould une attitude un peu suicidaire, bien qu’il y ait eu encore des illuminations ou des coups d’éclair. Avec ce pianiste, on aime ou on n’aime pas! A la fin de sa vie, sa santé est devenu un problème. Certains jours, il n’arrivait plus à jouer du piano, c’était très grave. Personne ne le savait, il parait qu’on a voulu cacher cela.

 


Moulin de Vernegues (Mallemort), le 11 août 2006

Le pianiste Marc André Hamelin est un phénomène tout court. Combien de pianistes seraient capables d’égaler son tour de force de jouer en quelques jours le cycle redoutable d’Ibéria d’Albeniz et un programme Liszt (dont les Réminiscences de Norma), tous les deux au festival de piano à la Roque d’Anthéron, qui se tient en plein air, puis un autre programme avec les trois dernières sonates de Beethoven, lors d’un autre concert en plein air à un château près d’Orange ? Hamelin est aussi un musicien facile à approcher, grâce à mon ami Marcel Bartnik, autre pianophile en compagnie duquel je visitais le festival de la Roque d’Anthéron en août 2006, qui l’avait déjà rencontré avant, Hamelin nous a accordé une rencontre, à son hôtel, superbe, où on a déjeuné et où on n’a pu s’empêcher de lui poser quelques questions... Pas une interview, mais plutôt un échange, avec un pianiste étonnamment honnête et connaisseur.. Voici quelques réflets d’une conversation fascinante.

Willem Boone (WB) : Vous avez joué hier soir le cycle complet d’Ibéria, ce qui est un tour de force incroyable. Comment est-ce que vous vous êtes senti une fois l’exécution finie ?

Marc André Hamelin (MAH) : J’étais content d’avoir fini ! J’ai joué le cycle dans un ordre différent : 1-2-4-3, car l’ordre que l’on joue normalement n’est pas idéal. En plus, le 1er volet a été écrit après le 2ème.

WB : Est-ce que c’est vrai qu’Albeniz tombe mal sous les doigts ?

MAH : Oui, c’est épouvantable ! On est constamment en train de redistribuer le travail des mains.. Il y a des sections qui sont épouvantables à mémoriser ! Dans cette musique, il n’y a pas de « pattern »régulier..

WB : Comment fonctionne votre mémoire en général ?

MAH : Cela prend un nombre de jours avant que ça « colle », vis-à-vis de certaines personnes comme Haskil qui lisaient une partition dans le train et la jouaient le soir même !

WB : Vous jouez plusieurs concerts à la Roque d’Anthéron, est-ce qu’après vous prolongez votre séjour en France ?

MAH : Cela dépend de l’hôtel, qui n’est pas toujours payé, tous mes voyages transatlantiques viennent de ma poche...

WB : Comment est-il de jouer des concerts en plein air, comme à la Roque d’Anthéron ?

MAH : Ce n’est pas idéal, le son se disperse beaucoup. J’ai essayé plusieurs pianos, un Bechstein et le Steinway qui était sur scène avant le concert que vous avez entendu (lors duquel il a joué Ibéria, WB), l’acoustique a beaucoup d’influence sur le feeling avec la touche. Cela aide que j’ai déjà joué quatre fois avant ici.

WB : Le public, est-il différent lors d’un festival de piano, plus connaisseur ?

MAH : Il n’y a pas de manque d’enthousiasme, mais il n’y a pas que des connaisseurs, monsieur/madame tout le monde sont là aussi.. J’en ai marre d’entendre la phrase « Marc André Hamelin, trop peu connu en France », je n’y peux pas beaucoup ! Je ne suis jamais là pour savoir ce qu’on pense de moi. Par contre, à la Roque d’Anthéron, j’ai l’honneur d’être réinvité, le vrai test, c’est la réinvitation..

WB : Permettez-moi une question peut être un peu délicate, ce qu’on entend parfois dire à votre propos : « Un immense virtuose, qui convainc dans le répertoire inconnu, mais moins dans le répertoire standard », qu’en pensez-vous ?

MAH : On fait trop le culte de l’interprète, on oublie qu’il y a le compositeur derrière. Il ne s’agit que de ma compréhension de l’oeuvre. Si on suit le raisonnement que vous avez cité, je ne serais pas non plus convaincant dans le répertoire inconnu, car il y en a d’autres qui le font mieux que moi ! Souvent, les gens ont en tête une interprétation favorite , ma référence, c’est la partition. Et puis, je joue régulièrement du répertoire standard lors de mes concerts. En ce moment, je suis en train d’apprendre la troisième sonate de Chopin.  En ce qui concerne les oeuvres inconnues, il faut savoir si cela plait au public.

WB : Comment le sait-on ?

MAH : C’est un jonglage, il faut trouver l’équilibre entre son propre goût et celui du public.

WB : Quant au répertoire inconnu, qu’est-ce qui vous attire dans une oeuvre telle que la sonate de Dukas ?

MAH : Je l’ai découverte dans une bibliothèque à Montréal en 1976/77, c’est un monde que j’aime. Ma réaction à n’importe quelle musique se rapporte à ce qui est exprimé, et non pas à la manière dont c’est exprimé.  J’ai aussi beaucoup d’affection pour le concerto de Reger, mais je ne suis pas sûr qu’il parle au public, quoique dans de bonnes conditions... Il y a aussi des mondes que je n’aime pas, par exemple la musique de Copland me laisse froid, probablement parce que je ne suis pas Américain ?
Je ne connais personne, y compris moi même, qui soit toujours consistent.

WB : Est-ce que vous écoutez de la musique pour vous même ?

MAH : Probablement beaucoup moins que vous deux ! Je me souviens mieux de ce qu’’écoutait mon père, les pianistes de la première moitié du 20eme siècle. Autrefois j’aimais écouter le jeune Ashkenazy de 18 ans et Brendel...

WB : J’ai entendu des rumeurs que vous alliez former un duo avec Katsaris ?

MAH : C’est une nouvelle ! On aurait probablement pu faire un disque Saint Seans avec le Carnaval des Animaux et les Variations sur un thème de Beethoven pour deux pianos, mais malheureusement, il y avait déjà une intégrale des concertos de Saint Seans, donc le projet est tombé à l’eau.

WB : Quelles sont vos expériences en musique de chambre ?

MAH : J’adore ! Je viens de mettre en boite le 2eme quatuor avec piano de Brahms avec le Trio Leopold. Cela va sortir en DVD en novembre, j’en suis très fier. J’aimerais bien faire le quintette avec piano de Florent Schmitt, c’est de l’excellente musique de chambre , très fin de siècle.

WB : Avez-vous des salles favorites où vous aimez par-dessus tout jouer ?

MAH : Le Casals Hall à Tokyo est exceptionnelle et le soin qu’ils y apportent au piano est féerique !

WB : Que faites-vous si vous rencontrez un piano qui est vraiment mauvais ?

MAH : C’est un inconvénient, mais on ne peut rien faire.. Il n’y en a pas souvent d’autres.. Ce que je redoute, c’est d’inaugurer un piano qui n’est pas rodé, là on peut se blesser ! Le régistre aigu et médien des Steinway américains est un point faible, cela risque d’être une raison pour laquelle quelques pianistes américains ont eu des blessures à la main droite. Les Fazioli sont superbes de sonorité, mais il faut s’y habituer, la mécanique est plus dure avec d’autres instruments.

WB : Avez-vous le trac ?

MAH : Non, jamais ! La musique a toujours été naturelle. Je me souviens de mon premier concours à 16 ans, au moment d’entrer en scène, je me suis senti tellement à l’aise...

WB : Comment arrivez-vous à jouer trois programmes différents en une semaine à peine : Iberia et un programme Liszt à la Roque d’Anthéron, puis les trois dernières sonates de Beethoven à Orange, peu après ?

MAH : A vrai dire, j’en ai fait cinq ces dernières semaines... sauf les trois programme que vous avez cités, j’en ai fait un autre au festival de piano de Husum et puis un récital Haydn/Beethoven/Schumann/ Il y a des présentateurs qui demandent parfois un certain programme.

WB : Les trois dernières sonates de Beethoven, ce n’est pas facile..

MAH : Non, je n’ai jamais dit que c’est facile !

© Willem Boone 2006

 le 25 mars 2007

 Mes premiers souvenirs de Nelson Freire remontent à très loin. A 15 ans (en 1978), mon intérêt pour la musique et pour le piano en particulier, commençait tout juste à s’éveiller. Près de là où j’habitais (Arnhem), il y avait une salle de concert, Musis Sacrum, qui offrait une série de piano, ce qui était assez rare pour une ville de province. J’ai insisté auprès de mon père pour qu’il aille avec moi et on a entendu 5 récitals de Jean Bernard Pommier, Daniel Wayenberg, Jorge Bolet, Jean Rodolphe Kars et donc Nelson Freire. Je me souviens notamment d’un Carnaval éblouissant et de plusieurs oeuvres de Chopin qu’il a enchainées, de sorte que je n’ai pas bien reconnu l’Andante Spianato et Grande Polonaise brillante...
Quelques années plus tard, Nelson Freire m’a fait une impression tout simplement inoubliable quand il s’est remis à jouer en duo avec l’incomparable Martha Argerich. C’était en 1980 et leurs premiers concerts ont eu lieu en Hollande. Contrairement à un concert pas très réussi (aux dires du pianiste brésilien lui même) avec la même pianiste à Londres en 1968, cette fois-là l’entente a beaucoup mieux marché et les deux pianistes forment toujours un formidable duo. Pourtant, il y a quelque chose de paradoxal chez Nelson Freire : pianiste aux moyens phénoménaux (non moins pour le déchiffrage, il parait qu’Argerich l’envie !), qui possède toute une science du toucher et du son, tout comme ses célèbres devanciers Hoffmann, Cherkassky et Moiseiwitsch, il n’a longtemps pas eu la carrière qu’il méritait. Certes, les vrais aficianados le connaissaient et parlaient avec beaucoup de respect de lui, mais il jouait relativement peu de concerts et il a été scandaleusement négligé par les compagnies de disques. On l’a surtout connu comme « le partenaire d’Argerich », alors que cette dernière n’a jamais été appelée « la partenaire de Freire ».... Dieu merci, les choses ont changé depuis 6 ou 7 ans. Decca l’a pris sous contrat et diffuse ses disques dans le monde entier, dans certains pays, notamment en France (où il habite pendant une partie de l’année) et au Brésil, il est devenu une légende du piano.
Moi même, je l’ai beaucoup entendu depuis 2002, aussi grâce à un ami qui le connait bien. Ce dernier m’avait dit que Freire n’aime guère les interviews, je m’étais donc presque « résigné »à l’idée qu’une interview avec ce pianiste que j’aime tant n’allait jamais se concrétiser.  Grande a donc été ma surprise quand mon ami m’a dit que je pouvais quand même tenter le coup. C’était pour aider un autre ami, brésilien et journaliste qui avait lancé son propre magazine mi-hollandais, mi-portuguais. Quoi de plus beau de faire un peu de « pub »pour le concert de jubilé (1) de la série « Meesterpianisten »(pour la 20ème saison) que Freire devait donner en compagnie de son amie Argerich. Quand je lui ai demandé à l’issu d’un concert à la Philharmonie de Cologne (lors duquel il a joué un fabuleux 4eme concerto de Rachmaninov), il m’a proposé de l’appeler chez lui à Paris, quelques jours plus tard. C’était bien la première (et jusqu’ici l’unique)  interview par téléphone, une heure plus tard que prévue, car j’avais totalement oublié qu’on venait de changer d’heure, mais heureusement Freire ne m’en a pas voulu......


Willem Boone (WB): Quelle est votre relation avec les Pays Bas, où vous donnerez le concert de jubilé dans le cadre des 20 ans de la série « Meesterpianisten » au Concertgebouw d’Amsterdam (le 20 mai en compagnie de Martha Argerich) ?

Nelson Freire (NF) : En 1964, il y a eu une grande amie, que j’avais connue lors de mes études à Vienne, qui s’est fixé à la Haye. Son mari travaillait pour Shell. Comme il était financièrement difficile d’aller souvent au Brésil, sa maison est devenue une sorte de pied-à- terre. Je trouvais les Pays Bas très mignons et exotiques, c’était bien différent de ce que je connaissais. Plus tard, j’ai connu le pianiste hollandais Frederic Meinders, qui est mariée avec une Brésilienne, il est devenu un ami. A partir de 1972, j’ai beaucoup joué aux Pays Bas après qu’on m’avait remis le prix Edison pour mon enrégistrement des Préludes de Chopin. Je jouais partout dans le pays. Les concerts étaient organisés par un impresario qui était bien connu alors, De Koos. Certains orchestres ont disparu maintenant, mais dans le temps, il était incroyable d’avoir tellement d’orchestres et de salles dans un pays si petit.. Et les Hollandais étaient surpris que je connaisse même des endroits comme Stadskanaal.... (petit village dans le nord du pays, WB)

WB : Combien de temps y avez-vous habité ?

NF : Non, je n’y ai pas habité, j’allais et je venais.

WB : Mes amis étrangers disent que le public hollandais se lève toujours à la fin d’un concert, est-ce vrai ?

NF : Oui, en effet,mais c’est un public très musical !

WB : Vous souvenez-vous de votre premier concert en Hollande ?

NF : Oui, c’était en 1966 au Kleine Zaal du Concertgebouw d’Amsterdam.

WB : Et savez-vous encore le programme ?

NF : Toccata et Fugue en ré de Bach, la Fantaisie de Schumann et la Sonate en si mineur de Chopin, puis mon premier concert au Grote Zaal, c’était en 1975 avec Prélude, Choral et Fugue de Franck, les Etudes Symphoniques de Schumann, la 12ème Rhapsodie Hongroise de Liszt et probablement aussi de l’Albeniz...

WB : Que signifie ce concert de jubilé pour vous ?

NF : C’est à Amsterdam que Martha et moi ont recommencé à jouer en 1980, c’est donc spécial qu’on y joue de nouveau. Nous avions joué ensemble pour la première fois à Londres en 1968, et peu après à Düsseldorf. A ce moment-là, on n’avait pas l’expérience des concerts, c’était un peu improvisé pour ainsi dire, ça ne comptait pas vraiment...

WB : Point de vue répertoire, seriez-vous tenté de jouer avec Martha la transcription que Pletniev a fait d’après Cendrillon de Prokofiev ?

NF : Oh, Argerich et Pletniev le jouent tellement bien, je n’ai rien à faire là !

WB : Je croyais qu’il l’avait écrite pour vous deux ?

NF : Non, je ne pense pas..

WB : Vous avez dit que vous ne jouez à 2 pianos qu’avec Argerich, mais j’ai vu que pour le festival de Verbier cet été vous jouerez la Sonate pour deux pianos et percussion de Bartok avec Nelson Goerner. Avez-vous changé d’avis ?

NF : C’est vrai qu’en principe je ne fais que du deux pianos avec Martha, mais nos calendriers ne s’accordaient pas. Je suis content de jouer avec Goerner, c’est un ami et un très bon pianiste !

WB : Je vous ai vu jouer le 4eme Concerto de Rachmaninov et j’ai constaté que vous avez une façon bien particulière d’attaquer le son. Il n’y a jamais de dureté ni agressivité, alors que Argerich ressemble parfois à un tigre qui saute sur sa proie, l’avez-vous appris ainsi ?

NF : Peut être, oui.. C’est une question de nature et de physique.

WB : Comment faites-vous pour avoir une si belle sonorité aussi soyeuse ?

NF : Merci ! C’est vrai que je suis fasciné par le son, c’est la chose la plus personnelle d’un pianiste ! J’y fais toujours très attention. Il est important de travailler sa sonorité et de s’écouter soi même.

WB : Y a-t-il un son « Nelson Freire » ?

NF : Il y a un son pour tout le monde...

WB : Vous me semblez un vrai seigneur au piano, pas le type de broyeur d’ivoire, y a-t-il pourtant un coté animal en vous ?

NF : Martha dit toujours que je suis un chat déguisé en chien !

WB : Qu’est-ce que cela veut dire ?

NF : Que je suis d’apparence bien calme et douce, mais il ne faut pas réveiller le lion. Je peux devenir un lion quand je m’énerve..

WB : Aimez-vous jouer des choses purement virtuoses ?

NF : Bien sûr,la virtuosité me plait ! Le 4eme concerto de Rachmaninov que j’ai joué (que j’ai entendu live à Cologne, le 23 mars 2007) est très virtuose.

WB : Jouez-vous encore le 3eme de Rachmaninov ?

NF : Non, pas pour l’instant, je me suis un peu fatigué de ce concerto. Tout le monde le joue. J’ai entendu le comeback de Horowitz au Carnegie Hall en 1978 avec ce même concerto, j’y suis allé avec Martha.. mais ça ne veux pas dire que je ne le joue plus jamais ! J’ai aussi laissé de côté la Rhapsodie sur un thème de Paganini, que j’ai beaucoup jouée. J’aime bien le 2eme Concerto de Rachmaninov.

WB : Et le 1er concerto ?

NF : Je meurs d’envie de le jouer !

WB : Est-il difficile d’apprendre des concertos à votre âge ?

NF : Bien sûr, ce n’est plus la même chose par rapport à ma jeunesse, où j’apprenais le 2nd concerto de Tschaikofsky en deux semaines...On ne peut plus tout se permettre, mais ce n’est pas impossible que je me mette à apprendre le 1er concerto de Rachmaninov, Magaloff l’a appris aussi quand il avait 69 ans, mais Rachmaninov fait peur parfois, il y a beaucoup de choses diaboliques, par exemple le début du 1er concerto (Il fredonne la mélodie avec l’entrée du piano), on se sent un trapéziste !

WB : Oui, mais d’autre part, si avez le trac, vous le perdrez bien vite, car il faut s’y lancer tout-à-fait..

NF : C’ est vrai..

WB : En ce qui concerne vos CD’s, quels sont vos projets pour l’avenir une fois votre CD de sonates de Beethoven paru ?

NF : Je vais en faire, mais je ne sais pas encore quoi, il y a beaucoup de projets. Je voudrais faire un disque Ravel/Debussy ou reéngistrer la Sonate de Liszt..

WB : Les concertos de Chopin sont faits pour vous !

NF : Oui, mais il y en a d’autres aussi, Rachmaninov, Schumann, Mozart...

WB :Je sais que vous allez au concert vous même si vous en avez le temps, quels ont été les concerts qui vous ont marqué dernièrement ?

NF : Les concerts qui ne marquent pas ne sont pas bons... J’étais au Musikverein de Vienne l’ autre jour, où j’ai entendu l’Orchestre de Vienne, c’était très spécial, la salle et l’orchestre. Cela m’a rappelé l’époque où j’y vivais et étudiais, j’y ai encore des amis..Quant à mes propres concerts, je pense à ce qui vient, pas à ce qui a été !

WB : Que pensez-vous d’un jeune artiste comme Lang Lang ?

NF : Je ne l’ai pas entendu live, uniquement en DVD, je dois dire que les Réminiscences de Don Juan de Liszt étaient remarquables.

WB : Ne pensez-vous pas qu’il soit un produit de marketing ?

NF : Ce sont deux choses différentes : les pianistes d’un côté et le marketing d’un autre. Ce sont des autres qui font du marketing autour de lui. Je pense qu’il mérite son succès.

WB : Finalement, vous avez sans doute entendu parler du scandale causé par la pianiste anglaise Joyce Hatto et surtout son mari. Qu’en pensez-vous ?

NF : J’avais raison si vous voulez. Une amie m’a fait écouter plusieurs de ses disques, elle m’en avait apporté toute une quantité, j’ai entendu deux ou trois choses et je me suis dit qu’il y avait quelque chose de bizarre. C’était formidable, mais cela ne me touchait pas. Ce n’était pas vivant..L’amie qui me les avait apportés était déçue que je n’aie pas aimé. Je ne suis pas surpris du scandale.. Pourtant, j’ai entendu Feux Follets de Liszt et c’était remarquable. Il parait que je connais le pianiste qui jouait en réalité, Laszlo .... (à vérifier). Je l’ai rencontré autrefois, c’était quelqu’un de très gentil.

WB : Est-ce que cela pourrait être la partie émergée de l’iceberg ? Est-ce qu’il va y avoir plus de disques « fantôme » ?

NF : Cela s’est déjà passé quelques fois avec un disque de Lipatti, où c’était Halina Czerny-Stefanska qui jouait..

WB : Supposons que le mari de Hatto ait utilisé l’un de vos disques, auriez-vous été honoré ou vexé ?

NF : Ni l’un ni l’autre... Toute cette histoire était bizarre. Je me souviens que du temps où j’habitais à Londres à la fin des années ’60 avec Martha, Kovacevich, Barenboim et d’autres, déjà personne ne se souvenait d’elle, personne ne l’avait jamais entendue jouer !

WB :  Merci, Nelson, de votre temps pour répondre à mes questions. Je me réjouis de vous voir et entendre en mai, en fait, le 20, c’est mon anniversaire, donc c’est un bien beau cadeau que vous me faites...

NF : Ah, encore un jubilé alors... !

© Willem Boone 2007

(1) Le concert de jubilé a été assuré par Nelson Freire, Martha Argerich ayant été obligée d'annuler pour des raisons de famille, survenues juste quelques heures avant le concert.